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 Sujet du message: Red is the new Black
MessagePosté: Mar 11 Aoû 2015 13:35 
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Santino a écrit:
Winnetouch a écrit:
et maintenant je lis les Dd de Nocenti


Au fait est-ce que tête à cornes a eu droit à son propre topic ?
Ce serait l'occasion d'évoquer les runs de Kesel, Gerber et tout le toutim (et de taper sur Chichester par la même occasion ryghj ).


Voeu exaucé puisque m'a relecture m'a donné cette envie.
Sous ce titre empruntant à une série Netflix, j'ouvre donc ce topic qui permettra de revenir sur les divers runs ayant émaillés la vie du diable rouge devenu star du petit écran.
Et pour ma part, c'est donc du run d'Ann Nocenti, publié partiellement chez nous, dont j'ai envie de traiter en premier.
Mais avant cela, il convient d'effectuer une petite mise au point sur le contexte éditorial troublé ayant suivi Born Again et les différents hasards ayant emmenés Ann à prendre les rênes de la série.

-III) "What If?" :

Avec Born Again donc, Miller et Mazzuchelli ont donné naissance non seulement à un chef d'oeuvre mais aussi à une histoire qui sonne comme un véritable point final aux aventures de Daredevil.
La dernière page sur un Matt Murdock sans costume, ayant tout perdu mais ayant finalement trouvé le bonheur et l'amour dans ce dénuement n'appelle aucune suite et le lecteur peut très bien s'arrêter là en reconnaissant cette fin comme définitive.
Autant dire que cela ne fait pas vraiment les affaires de Marvel et de l'editor de la série Ralph Macchio qui ne voient pas trop comment relancer la série sur de nouveaux rails.

Chance pour eux, Miller a encore une histoire qu'il souhaite raconter.
En fait, l'auteur de Dark Knight souhaite surtout travailler avec Walt Simonson, artiste qu'il admire et ami de longue date vu qu'ils ont partagé un studio ensemble à la fin des années 70 ( avec Chaykin et Starlin).
Macchio accepte la proposition des deux artistes qui lui demande tout de même un délai pour produire leur histoire.
L'editor décide donc de produire un fill-in tout en continuant de démarcher les auteurs, Miller n'ayant aucune intention de continuer ensuite, et programme donc l'arc en deux parties pour les numéros 235 et 236.

Miller rédige le script du premier épisode avant que la machine ne soit stoppée net avant de pouvoir prendre son envol.
En effet, Macchio a entre temps trouvé un repreneur pour la série: Steve Englehart (on y reviendra plus tard).
Sauf que le scénariste des West Coast Avengers demande à ce que son premier numéro paraisse au début de l'été afin de bénéficier de meilleures ventes.
L'editor décide donc de mettre le projet de côté afin de laisser le temps à Englehart de s'installer sur Daredevil.
Il laisse un délai ouvert aux deux artistes pour continuer à travailler sur leur arc avec l'intention de le publier plus tard.
Mais comme le déclara Simonson "si un artiste n'a pas de deadline, le projet ne sera jamais terminé".
Le brave Walt est accaparé par X-Factor tandis que Miller se consacre à Dark Knight et Year One avant de partir tenter sa chance à Hollywood.

Macchio tentera pourtant de ressusciter le projet quelques mois après en proposant aux auteurs de le publier sous la forme d'un one-shot (annual? MGN?) mais ni l'un ni l'autre ne trouveront le temps de s'y consacrer.
Peu d'informations ont transpiré depuis sur cette histoire inédite.
Tout juste sait-on que Miller avait rédigé le script entier du premier épisode, que le titre devait être "The Devil's Own", que l'histoire devait traiter de pédophilie et de prostitution enfantine (du Miller pur jus donc) et qu'elle aurait accueilli Doctor Strange en guest star (vieil amour contrarié puisqu'on se souvient que Miller devait un temps reprendre le Doc en compagnie de Roger Stern).

La seule chose finalement publiée fut la couverture de Simonson (encré pour l'occasion par Sienkiewicz) utilisée pour orner le premier numéro écrit par Nocenti (BWS aux dessins) et bien connue des lecteurs français puisqu'elle fut la couverture du premier numéro de la version (non) intégrale Daredevil publiée par Semic.

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 Sujet du message: Re: Red is the new Black
MessagePosté: Mar 11 Aoû 2015 15:43 
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Récemment la lecture du mag DD de Phil Cordier m'a donné envie de découvrir le diptyque de Leonardi dont je suis très fan en général, et surtout de remettre la main sur le Strange 181.

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Dernière édition par Santino le Lun 9 Jan 2017 12:25, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Red is the new Black
MessagePosté: Mar 11 Aoû 2015 16:17 
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Santino a écrit:
Récemment la lecture du mag DD de Phil Cordier m'a donné envie de découvrir le diptyque de Leonardi


Très bon diptyque, je confirme.
Plus que le premier épisode de JRjr, je dirais que c'est celui-là qui inaugure la seconde partie du run de Nocenti.
Avant cela, elle cherche quand même sa voie (même si il y a des choses intéressantes) mais il introduit aussi l'histoire de l'enfant aveuglé par des produits chimiques venant d'une usine appartenant au Caïd et qui fut développée durant toute la période Typhoid.

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 Sujet du message: Re: Red is the new Black
MessagePosté: Mar 11 Aoû 2015 17:52 
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-II) En attendant Godot (Daredevil 234 - 235):

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Reflet du chaos éditorial, la série va voir défiler vrais et faux fill-ins durant quatre épisodes aussi inconstants en qualité que complètement différents les uns des autres.

Le numéro 234 est donc un fill-in prévu de longue date et est l'oeuvre de Mark Gruenwald assisté ici d'une paire pour le moins étrange, Klaus Janson à l'encrage et le revenant Steve Ditko au dessin.
Au niveau de l'histoire c'est du vrai bouche-trou qui sert surtout d'argument publicitaire à l'une des créations de Gruenwald dans les pages de Captain America: Madcap.
Selon l'auteur, ce personnage devait refléter la jeunesse américaine désillusionnée pour qui l'existence est absurde.
A la lecture de cet épisode, il apparaît surtout comme une variation du Creeper de Ditko. Du coup, le choix du vétéran aux dessins constitue un sympathique clin d'oeil.

Gruenwald associe ici Madcap a un petit magouilleur des médias nommé Dollar Bill, vieille création de David Anthony Kraft dans les pages de Defenders et qui rappelle le Funky Flashman de Kirby.
Bref, Bill tente de faire de une célébrité tandis que DD tente de stopper les agissements des deux huluberlus qui mettent les gens et eux-mêmes en danger en attirant l'attention de la pègre.
Si le concept est prometteur, le résultat n'est ni assez comique ni assez mordant dans sa satire des médias pour se révéler intéressant.
Nocenti viendra quand même y puiser matière à nourrir ses propres scénarios en se réappropriant la question de l'image publique de Daredevil.

Le seul intérêt se trouve dans l'association graphique entre Ditko et Janson qui fonctionne étonnement bien et rappelle les débuts de Miller sur DD (normal vu que lors de son premier run, Miller s'est beaucoup inspiré du graphisme de Ditko).
Il est bien dommage qu'aucun editor n'eusse pensé à associer les deux artistes de manière régulière parce que l'excellence de ce mariage aurait permis de remettre l'asocial Steve sur les rails du succès.

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Suite à l'annonce de l'arrivée d'Englehart comme nouveau scénariste régulier de la série, le désir de ce dernier de débuter son run en été et du fait que les épisodes de Miller/Simonson ne sont pas prêt, Macchio doit programmer deux nouveaux fill-ins et appelle dans l'urgence ses collègues editors à la rescousse.

L'épisode 235 est donc cette fois l'oeuvre de Danny Fingeroth, editor des titres Spider-Man, toujours accompagné de Ditko mais sans Janson pour le coup.
L'histoire montre un Daredevil errant dans les rues de Hell's Kitchen et se remémorant son enfance et ses débuts en tant que justicier.
Il tombe bien vite sur son vieil ennemi Mister Hyde qui n'arrive plus à reprendre forme humaine.
S'ensuit une confrontation tant physique que psychologique qui permet à DD de comprendre que Murdock est son ancre et que c'est en le laissant vivre qu'il pourra éviter de devenir un "monstre", un masque vide tel que Hyde.
Malgré une verbosité un peu lourde, l'histoire est intéressante par son côté métatextuel qui vient bien souligner tout l'embarras de Marvel face à une série qui a trouvé sa véritable conclusion et qui n'a donc plus de véritable raison d'être publiée.

Par contre, la déception vient cette fois-ci de la partie graphique. Encré par Danny Bulanady, le dessin de Ditko accuse son âge et cette prestation est moins ébourriffante que la première malgré un dynamisme et un sens de la narration toujours irréprochables.

Quand au prochain fill-in, il va tout bousculer et entraîner un jeu de chaises musicales inattendu entre Nocenti et Englehart.
(du coup, je parlerais d'Englehart avant Nocenti)

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 Sujet du message: Re: Red is the new Black
MessagePosté: Mar 11 Aoû 2015 19:19 
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Winnetouch, on ne se connait pas mais je ne te dis jamais assez je t'aime. Pas bibliquement, je ne suis pas prêt pour ça, mais sur le plan intellectuel je suis dans les starting-blocks !


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 Sujet du message: Re: Red is the new Black
MessagePosté: Mar 11 Aoû 2015 20:04 
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-I) What is and what should never be (Daredevil 237):

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Voici donc le seul et unique épisode du run avorté de Steve Englehart sur Daredevil.

Autant dire que la pression était énorme sur ses épaules tant le souvenir de Miller et Mazzuchelli est encore dans tous les esprits.
Malgré tout, l'ancien scribe des Avengers de retour chez Marvel se sent prêt à relever le challenge.
Plutôt que d'affronter le(s) run(s) de Frank Miller, il décide de le prendre totalement à contrepied en allant chercher son inspiration dans la période Conway/Gerber.
En effet, le plan du scénariste est grosso modo de renvoyer DD à San Francisco de le remettre à la colle avec la Veuve Noire dans des aventures plus lumineuses.
Le diable rouge devait redevenir un aventurier à forte visibilité, sorte d'étendard officiel de la ville, se confrontant à tout l'univers Marvel plutôt qu'un vigilante confiné dans son quartier.

Le soap et la grivoiserie étant deux des ficelles qu'affectionne particulièrement Englehart, il comptait développer une sorte de triangle amoureux voir d'union libre avec DD et la veuve en couple à la ville et Murdock et Karen Page à la maison.
Dans cette optique de revenir à un DD pré-Miller, il prévoyait aussi de briser l'image de solitaire du héros et de faire du duo des membres des Vengeurs de la côte ouest, série qu'il animait à l'époque.
On retrouve là une autre des marottes d'Englehart qui adore tisser des liens entre les séries qu'il écrit en parallèle.
On se souviendra ainsi de Mantis, Vif-Argent ou Doctor Doom qui faisaient régulièrement la navette entre West Coast Avengers, Fantastic Four et Silver Surfer.

Son plan est validé par l'editor puisqu'on lui accole le débutant Louis Williams comme dessinateur régulier et que le run est annoncé en grande pompe dans Marvel Age (revue servant de vitrine publicitaire pour les comics marvel et mine d'infos sur les projets avortés).

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Steve Englehart pose même ses pions en faisant revenir la Veuve Noire et en lui donnant un rôle d'importance dans le premier annual de West Coast Avengers.

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Et là, patatras!!
Tout bascule et au dernier moment Marvel annonce que c'est Nocenti qui reprendra la série au numéro 238 après un fill-in du mystérieux John Harkness.
Harkness qui est en fait le Alan Smithee du scénariste, pseudonyme qu'il utilise pour les oeuvres qu'il renie.
Pourquoi? Comment?
En fait, la bisbille est née du fill-in d'Ann Nocenti et Barry Windsor-Smith (promis, on y revient demain). Dans cet épisode, Ann a déjà renoué les liens entre la Veuve et DD mais sous un jour plus tendu que dans les plans que prévoyait Engelhart.
Ce dernier demande à Macchio d'imposer à Nocenti de changer son histoire pour s'adapter à celle du futur scénariste. Ce à quoi Macchio lui rétorque "non, elle est editor, c'est à toi de t'adapter".
Le scénariste prend la mouche et même s'il effectue les retouches demandées à ses dialogues décide de s'en tenir à cet unique épisode.
La jeune femme appelée pour écrire un bouche-trou ce retrouvant sans vraiment l'avoir demandé nouvelle scénariste de Daredevil tandis que Williams reste confirmé à son poste de dessinateur.

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Mais que contient donc cet épisode?
Une longue discussion entre Daredevil et la Veuve Noire sur l'image publique des super-héros, cette dernière soucieuse de véhiculer une image positive de leur "profession" essaie de convaincre son ancien amant de devenir avec elle le porte-parole d'une politique.
Bien sûr, les retouches font que dans la version publiée Daredevil refuse de suivre la Veuve.
Suit une confrontation avec Klaw de retour de Secret Wars que DD battra sans trop de mal.

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Si la partie scénaristique est difficile à juger en soi puisque l'épisode est devenu une impasse par la force des choses, on peut néanmoins remarquer que le dessin de Louis Williams est... sans aucun attrait.
Désespérément classique, sans force, imagination ou expressivité, le graphisme est tellement passe-partout et parfois proche de l'amateurisme que cela fait mal après les prouesses graphiques de Mazzuchelli et même après un Ditko dont le graphisme original divise.

Ironie du sort, cet épisode sera traduit bien plus tard en France dans la version intégrale Daredevil afin de ne pas couper l'épisode double concluant la saga de Typhoid Mary.
Plus ironique encore, des traces des plans avortés de Steve Englehart semblent avoir ressurgi dans les épisodes de Mark Waid.

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 Sujet du message: Re: Red is the new Black
MessagePosté: Mar 11 Aoû 2015 20:07 
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krystov a écrit:
Winnetouch, on ne se connait pas mais je ne te dis jamais assez je t'aime. Pas bibliquement, je ne suis pas prêt pour ça, mais sur le plan intellectuel je suis dans les starting-blocks !


T'es trentenaire c'est ça? a^

Mais merci beaucoup, c'est très gentil aaaa^^
Et je suis toujours partant pour du mariage intellectuel (même si je suis volage^^)

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 Sujet du message: Re: Red is the new Black
MessagePosté: Jeu 13 Aoû 2015 16:32 
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0) Weapon DD (Daredevil 236) :

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Et voici donc ce fameux fill-in devenu prologue par la force des choses, qui provoqua l'ire de Steve Englehart et permis à Ann Nocenti de décrocher le poste de nouvelle scénariste de Daredevil.

Et pour l'occasion, elle est accompagnée d'un artiste qu'elle a déjà géré en tant qu'editor des X-Men et qui multiplie alors les fill-ins de luxe : Barry Windsor Smith.
Là encore on a droit à un épisode luxueux tant la symbiose entre les deux artistes est totale.

N'étant alors pas programmé pour avoir de suite, ce numéro est d'ailleurs plus une histoire de Black Widow avec Daredevil que le contraire.

4 juillet !
L'independence day bat son plein à New York.
Le savant en chef du projet Reptile, déjà responsable de la création de Nuke, envoie la Veuve à la poursuite d'un autre super-soldat. Hazzard, c'est son nom, a disjoncté après avoir appris le massacre commis par Nuke dans Hell's Kitchen. Désireux de retrouver sa famille vivant dans ce quartier, il s'est enfuit mais ses pouvoirs télékinésiques ne sont pas encore au point et, couplés à sa psychose, sont un danger pour autrui.
Mission donc pour la Veuve de rattraper le fugitif et de le pousser au suicide ou, le cas échéant, de l'assassiner.
Hazzard ayant croisé le chemin de DD, les deux anciens amants décident d'unir leur forces même si la Veuve tait sa réelle mission.
Pire encore, elle manipule DD en sachant que son costume déclenchera la psychose du très religieux Hazzard.
Après une confrontation où la Veuve prend conscience que le soldat est lui aussi une victime, ce dernier l'oblige pourtant à le tuer.

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Et avec cet épisode, Nocenti frappe un grand coup !!
L'editor des mutants, qui a fait ses premières armes avec des épisodes très moyens de Spider-Woman et produit la calamiteuse mini-série La Belle et la Bête, avait déjà trouvé sa voix/voie avec sa mini-série Longshot puis quelques spéciaux consacrés à Spider-Man.
Mais là, elle passe encore à un niveau supérieur qui montre une personnalité pour le moins unique dans le petit monde des comics.

Femme utopiste, militante engagée, écolo et limite anarchiste, Ann a des choses à dire et elle conçoit l'écriture comme un véhicule pour ses réflexions. Autant dire que son positionnement politique très à gauche ne va pas lui faire que des amis au sein du lectorat américain et que tout au long de son run une partie des lecteurs va détester ces « histoires de communistes ».
Reste qu'en attendant, elle traite de sujets souvent peu abordés au sein des univers super-héroïque et que sa vision pour le moins particulière constitue une bouffée d'exotisme bien agréable.

Malgré cela, en bonne personne ayant fait ses classes en tant qu'editor durant l'ère Shooter et devant gérer le titre-phare de la compagnie, elle ne prend pas les personnages par-dessus la jambe.
Au contraire, elle les respectent énormément, met souvent en valeur des aspects jusque-là totalement ignorés de ceux-ci mais parfaitement logiques comme la mythomanie galopante de Peter Parker.
Sa démarche est plus de prendre les personnages en l'état et de les frotter à ses obsessions personnelles afin d'observer leurs réactions et d'en enrichir la personnalité.
On aura l'occasion de revenir sur cette manière de faire au fur et à mesure des épisodes.

Autre trait caractéristique de l'écriture de Nocenti qu'on dénote tout de suite et consécutive à la fois de sa frénésie d'idées et de son parcours c'est le caractère fortement allégorique, métaphorique, symbolique de ses histoires et une grande, très grande prolixité.
Forcément, avoir travaillé des années avec DeMatteis sur les Defenders puis avec Claremont sur les X-Men, ça marque !!
Cette verbosité et cette utilisation constante de métaphores lui joueront d'ailleurs parfois des tours et il lui faudra ainsi un certain temps pour réellement faire décoller la série.

Heureusement, pour cette entrée en matière ces caractéristiques apparaissent sous leur meilleur jour et constituent plus une force qu'une faiblesse du récit.
La scénariste est même à son plus haut niveau tant elle arrive à mêler une multitudes de thèmes et réflexions de manière très organique dans ce récit.
Résultat, ce comic book est plein à craquer de thématiques qui bousculent le lecteur sans pour autant que le tout soit indigeste.
En effet, les thèmes, les images, les leitmotivs se répondent les uns aux autres et constituent ensemble une mosaïque sur toute la vacuité et le charme vénéneux mais trompeur du rêve américain.

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Et c'est peu de dire que Nocenti écorche l'illusion du rêve américain au travers du parcours de ce soldat perdu, ce Hazzard manipulé par un gouvernement qui ne sert que ses propres intérêts et non celui du peuple pour mener ses guerres privées.
Un pauvre homme qui croit désespérement de tout son cœur au vertu de Dieu, du travail, de la famille et de la patrie qui le trahissent tous les uns après les autres.
Et que dire de cette ex pom-pom girl grimée en Wonder Woman et devenue serveuse dans un bar miteux.
Idem pour la Veuve Noire, l'immigrante qui doit sans cesse prouver sa valeur et son engagement à « l'idéal américain » à ses collègues espions et ses supérieurs sans jamais être acceptée.
Nocenti griffe chaque aspect de l'american dream jusqu'à ce qu'il ne reste que la violence et les armes comme piliers fondateurs dans une conclusion qui rejoint le meilleur des œuvres d'Eastwood ou d'Ennis.

Seul le diable sort plus ou moins indemne de l'aventure grâce à ce caractère de berger chrétien que venait alors de lui donner Miller. Mais il faut dire aussi que le même Miller venait déjà de briser toutes les illusions de Murdock sur la réussite à l'américaine dans Born Again.

Féministe en diable, Ann Nocenti en profite aussi pour poser la question de la place de la femme dans la société. Il y a bien sûr cette serveuse citée plus haut qui correspond à la femme soumise d'une société patriarcale, l'ancienne reine du lycée ne comptant que sur sa beauté mais qui se retrouva fort dépourvu lorsque l'âge et les rides furent venues.
A l'autre extrémitié, il y a la Veuve en incarnation de la working girl des années 80, celle qui pense que pour trouver sa place dans la société, elle doit se montrer encore plus dur que ces hommes qui ne veulent pas lui laisser sa place.
Au passage, la scénariste profite de sa prestation pour rappeler un aspect de la Veuve trop souvent ignorée jusqu'ici des scénaristes.
A savoir que Natasha Romanov est une espionne et qu'une espionne ça fait des choses pas très reluisantes pour arriver à ses fins.
Si Daredevil parvient à faire remonter l'humanité de celle-ci à la surface, la belle aura auparavant montré sa face la plus sombre en se montrant prête à tout pour arriver à ses fins quitte à manipuler son ancien amant.
Du coup, la complicité entre les deux est entachée de cette trahison et les rapports entre eux seront plus compliqués qu'auparavant.

On a en tout cas un épisode très dense, très riche, limite hallucinée et développant une narration bien particulière parfois à la limite de l'écriture automatique lorsque la scénariste creuse ses idées. Il en résulte un ton très proche d'un Grant Morrison.
Son écriture prend même parfois un tour très Cronenberg puisque, férue de psychologie, elle s'intéresse aussi aux rapports compliqués existant entre le corps et l'esprit.

Bien sûr, cette réussite doit aussi énormément au graphisme singulier de Barry Windsor Smith.
L'ancien membre du studio livre un graphisme dantesque et une narration impeccable où se croisent imposants personnages pré-raphaélites, sens du mouvement, des ombres, de la composition, des textures et même une certaine abstraction grâce à ces formes géométriques colorées ou ces feux d'artifices en arrière-plans et qui donnent une dimension irréelle et expressionniste de l'histoire.

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Une entrée en matière qui s'avère une véritable pépite et qui fut traduite dans la collection Comics USA au sein d'un album spécial BWS.
Un même BWS dont on sent bien qu'il se rappellera de cet épisode lorsqu'il produira son propre Weapon X.
On peut même avancer que Weapon X est une synthèse de ce qu'à accompli l'artiste sur ses fill-ins de Daredevil, Iron-Man et X-Men (l'épisode de Wolverine avec Katie Power).

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 Sujet du message: Re: Red is the new Black
MessagePosté: Jeu 13 Aoû 2015 17:02 
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Winnetouch a écrit:
(... ) et produit la calamiteuse mini-série La Belle et la Bête,

RCM que j'avais ADORE à sa sortie en 1987 !
Winnetouch a écrit:
(...), met souvent en valeur des aspects jusque-là totalement ignorés de ceux-ci mais parfaitement logiques comme la mythomanie galopante de Peter Parker.
Hein ?

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 Sujet du message: Re: Red is the new Black
MessagePosté: Jeu 13 Aoû 2015 17:10 
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lhommesinge a écrit:
Winnetouch a écrit:
(... ) et produit la calamiteuse mini-série La Belle et la Bête,

RCM que j'avais ADORE à sa sortie en 1987 !


Je ne l'ai lu qu'une fois adulte et c'était... heu... spécial (enfin, bien dans la veine de Dazzler on va dire).

lhommesinge a écrit:
Winnetouch a écrit:
(...), met souvent en valeur des aspects jusque-là totalement ignorés de ceux-ci mais parfaitement logiques comme la mythomanie galopante de Peter Parker.
Hein ?


Ou plutôt un menteur compulsif si tu préfères.
Elle y a consacré une sympathique backup dessinée par Mignola dans le premier Annual de Web of Spider-Man (Strange 301).
Entre ça et l'histoire avec Warlock de la même Nocenti (accompagnée d'Arthur Adams), cet annual est un de mes comics préférés.

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 Sujet du message: Re: Red is the new Black
MessagePosté: Jeu 13 Aoû 2015 17:56 
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Menteur vis à vis de son entourage pour conserver le secret de sa double identité, tu veux dire ?

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MessagePosté: Jeu 13 Aoû 2015 18:17 
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De son entourage, oui.
Mais aussi se mentant à lui-même.
Je ne crois pas une seule seconde au Parker se lamentant sur la malédiction de Spidey et qui jette son costume tous les quinze épisodes.
Au contraire, il adore être Spidey puisque cette identité le libère totalement. C'est la constatation qu'elle apporte dans la dernière page ironique de cette histoire.

Spoiler: Afficher
Sur cette page et après un cauchemar à propos de ses mensonges, Peter ment à tout son entourage au travers de divers coups de fil pour... pouvoir aller se balader en tant que Spidey

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MessagePosté: Jeu 13 Aoû 2015 18:33 
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I) L'Agrégation d'un Nom et d'un Messie (Daredevil 238 – 249) :

Comme pour Hulk, je vais regrouper les périodes par dessinateur dans un souci d'accessibilité, soit 3 grandes phases.

La première phase du run d'Ann Nocenti a donc pour dessinateur « régulier » Louis Williams (et Al Williamson à l'encrage) qui conserve donc sa place après l'éviction d'Englehart.
Régulier entre guillemets parce qu'il ne dessinera que 4 épisodes sur 12.
Le turn over de dessinateurs sur la série n'aidera pas la scénariste qui, étant arrivée au dernier moment et sans plan pré-établi, va mettre un certain temps pour faire sien le petit monde de Hell's Kitchen et pour canaliser son trop plein d'idées.
En conséquence de quoi cette période va alterner entre le bon et le moins bon avant que l'auteur réussisse à finalement trouver une réelle direction dans le diptyque final (celui dont parlait Santino plus haut).

Et l'instabilité graphique commence dès le premier épisode du run assuré par Sal Buscema et Steve Leialoha.

1/ Of Cats and Men (Daredevil 238) :

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N'ayant pas encore de véritable plan mis en place, Ann Nocenti commence son run avec un autre loner.
Et en bon éditor rouée et roublarde (ce n'est pas une critique) des titres X, elle l'intègre au crossover Mutant Massacre afin d'attirer l'attention sur sa série.
Ce tie-in reste d'ailleurs à ce jour le seul inédit VF du crossover et s'il est parfaitement dispensable à la trame globale, il est néanmoins intéressant en proposant un point de vue différent sur l'event mutant.

En effet, l'histoire est un focus sur Dents de Sabre qui enlève une jeune clocharde errant dans les tunnels des Morlocks afin d'en faire sa femelle.
Croisant ensuite le chemin des Fat Boys, il décide de s'en prendre au protecteur de ces derniers, Daredevil, afin de marquer son territoire et sa position de mâle Alpha.

Plus que DD c'est véritablement le mauvais mutant qui est au centre du récit et pour le coup, on peut dire que l'editor des X-Men fait le travail de Claremont.
Il est vrai que Papy était certes en train de poser Dents de Sabre comme la némésis de Serval mais ne lui avait donné pour l'instant aucune identité particulière autre que celle de tueur ricanant et cruel.
C'est donc Nocenti qui est la première à creuser le personnage de Creed et pour le coup elle le définit véritablement comme le reflet inversé de Serval.
Là où Logan tente de contrôler la bête en lui et aspire à l'idéal du samouraï, acme de la condition humaine pour lui, Creed s'abandonne totalement à ses instincts.
C'est un homme ayant régressé au stade animal qui prend femelle, marque son territoire (non Fred, il n'y a pas de case où l'on voit Creed pisser) et veut prouver son statut de chef de meute et dégommant ses possibles rivaux.
Nocenti en fait la représentation de l'aspect le plus sauvage et cruel du règne animal, un être qui à grand peine à se raccrocher à son humanité.

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Nulle surprise donc à ce qu'elle l'oppose à Daredevil, l'autre samouraï des héros Marvel et le plus humain de tous, voire christique, depuis les événements de Born Again.
Murdock représente donc la tempérance, le contrôle de soi et l'empathie qui semble représenter dans l'esprit de la scénariste le meilleur de l'humanité.
Ce sont toutes ces qualités qui vont permettre à Creed de se ressaisir un bref instant et de laisser sa prisonnière aux soins de DD.

On note donc tout de suite l'intérêt que porte l'auteur à l'aspect berger, bon samaritain désintéressé que venait de donner Miller au diable rouge et pour le coup on voit bien qu'elle va paradoxalement chercher à creuser dans cette direction qui embêtait bien ses camarades editors et scénaristes.
Avec ce combat, elle renoue aussi avec l'aspect casse-cou, homme sans peur, avec le « never give up » cher à Miller en lançant DD contre un adversaire bien plus fort que lui.
On se souviendra des superbes confrontations entre Daredevil et le Prince des Mers (Wally Wood) ou Hulk (McKenzie/Miller).
Nocenti a retenu cette leçon et elle n'hésitera pas plus tard à jeter Pyro, le Colosse, Ultron et carrément Méphisto contre son héros.

De même, elle creuse aussi une thématique déjà abordée dans les fill-ins précédents en gérant les conséquences du run de Miller et de l'affrontement contre Nuke puisqu'elle se penche sur l'image très écornée de Tête à Cornes (huhu!).
Celui-ci est en effet vu par les médias et les habitants de New York comme un héros violent, un vigilante finalement pas si éloigné que cela du Punisher.
Nocenti creusera cet aspect des choses durant toute la première partie de son run et l'on y voit clairement une volonté de se démarquer de la vague grim n' gritty qui submerge alors l'édition américaine et dont le DD de Miller fut involontairement un précurseur.
Elle respecte donc les apports de son prédécesseur tout en en tirant les conséquences et les contradictions pour pouvoir construire ensuite son propre Daredevil.

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Dans une démarche plus personnelle encore, elle intègre le « gang » des Fat Boys à la série.
Ce groupe d'enfants de Hell's Kitchen, créés dans les pages de sa mini-série Longshot, sont donc pris sous l'aile de Daredevil et deviennent à la fois ses protégés et ses informateurs.
C'est une trouvaille astucieuse car elle permet de redonner une petite touche kids et des personnages auxquels s'identifier pour les plus jeunes lecteurs dans l'univers souvent sombre de DD.
Cela constitue aussi un hommage appuyé aux kids gangs chers à Kirby et leur relation avec le héros rappelle celle unissant la Newsboy Legion avec le protecteur du ghetto de Suicide Slum, le Guardian (dans les pages du Jimmy Olsen de Kirby puis dans les diverses séries Superman).
Mais c'est aussi un moyen pour la scénariste d'introduire une figure chère à son cœur, celle du candide, de l'innocent et qu'elle a déjà utilisé et utilisera encore avec les personnages de Warlock, Longshot, Number 9 ou Ahura.
Cela-lui permet d'apporter une certaine fraîcheur dans un univers héroïque devenant alors plus sombre tout en apportant une perspective, un regard différent sur les actions des protagonistes et en questionnant les conséquences de leurs agissements tant nos héros sont souvent aveugles au « monde réel » qui les entourent, tout occupés qu'ils sont à friter le vilain du mois et à résoudre leurs peines de cœur.

On peut aussi noter que l'épisode est moins verbeux que le précédent, ce qui est agréable et permet de donner plus de punch à cette confrontation.
Tout au plus peut-on critiquer l'histoire du chat développé en parallèle et qui surligne de manière un peu trop appuyé le parcours de Dents de Sabre.

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Graphiquement par contre, c'est bien en-dessous de la performance de BWS.
Sal Buscema reste malgré tout un artisan honnête et même si souvent ses prestations ne sont pas transcendantes, elle n'en sont pas désagréable pour autant.
Par contre, son association avec le très stylisé Leialoha ne fonctionne pas vraiment puisque le dessinateur-encreur semble ne pas vraiment savoir comment aborder les crayonnés du cadet Buscema.
Du coup, on alterne entre des cases typique de Sal et d'autres typiques de Leialoha.
Autant dire que ça gâche un peu le plaisir.

Reste un épisode qui plante des choses intéressantes, qui permet à la scénariste de donner un peu d'épaisseur à un personnage qui en manquait cruellement pour l'instant et de ne pas encore se confronter directement à Daredevil.

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MessagePosté: Dim 16 Aoû 2015 11:28 
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Winnetouch a écrit:
Elle y a consacré une sympathique backup dessinée par Mignola dans le premier Annual de Web of Spider-Man (Strange 301).
Entre ça et l'histoire avec Warlock de la même Nocenti (accompagnée d'Arthur Adams), cet annual est un de mes comics préférés.


Tout cela plus l'arc "Life in the Mad Dog Ward" et l'épisode de la rencontre avec Thanos par Leonardi, mine de rien Nocenti a écrit quelques très bonnes histoires sur le personnage.

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MessagePosté: Dim 16 Aoû 2015 15:41 
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Santino a écrit:
Winnetouch a écrit:
Elle y a consacré une sympathique backup dessinée par Mignola dans le premier Annual de Web of Spider-Man (Strange 301).
Entre ça et l'histoire avec Warlock de la même Nocenti (accompagnée d'Arthur Adams), cet annual est un de mes comics préférés.


Tout cela plus l'arc "Life in the Mad Dog Ward" et l'épisode de la rencontre avec Thanos par Leonardi, mine de rien Nocenti a écrit quelques très bonnes histoires sur le personnage.


Tout à fait! ccccc^^
Le diptyque avec Typhoïd Mary et dessiné par James Fry III est très bon aussi. Seul la Return to the Mad Dog Ward est décevant mais ça tiens aussi et surtout à une partie graphique horrible (Chris Marrinan rtyghj )

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MessagePosté: Mar 18 Aoû 2015 15:48 
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2/ Hot Child in the City (Daredevil 239-240) :

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C'est donc avec ce diptyque très intéressant qu'Ann Nocenti débute véritablement son run et qui tout en s'appropriant les apports de Frank Miller commence à les emmener dans une direction plus proche de la sensibilité de la scénariste.

Elle nous conte ici l'histoire de Rotgut, un jeune homme albinos quelque peu perturbé.
Trop couvé par une mère soucieuse de sa santé, il perçoit le monde, la ville, les gens comme un nid d'infections, de microbes constituant un danger pour sa santé.
Perdu dans le chaos de ses pensées, il harcèle les jeunes femmes au téléphone, erre dans les rues ou s'enferme dans la cave de son immeuble.

Pendant ce temps, Murdock se fait à sa nouvelle vie et semble apprécier la simplicité de celle-ci. En tant que DD, il prend les Fat Boys sous son aile et décide de les guider afin d'éviter qu'il ne glissent sur la voie du crime.
Sous son identité civile, il flotte sur un petit nuage de bonheur et apprécie de ne plus jouer les jouer les avocats aveugles, de jouir d'un simple emploi de cuistot et de l'amour de Karen Page.

Son chemin croise celui de Rotgut au moment où ce dernier franchit un cap dans sa folie et assassine une jeune femme sauf qu'un groupe d'hommes prend DD pour le coupable, permettant au vrai tueur de s'enfuir.
Glissant de plus en plus dans la folie, Rotgut continue de commettre des meurtres au hasard avant de décider d'empoisonner les habitants de son immeuble par le biais du système d'eau.
Grâce à l'aide des fatboys, DD réussit à éviter le pire et à appréhender le tueur pour le placer en institut psychiatrique.

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Pour le coup, ce petit arc plein comme un œuf est un bon exemple de la tactique d'infiltration de Nocenti sur la série.
Plutôt que d'effectuer une rupture brutale de ton ou de s'en prendre frontalement aux aspects du personnage sur lesquel sa vision diverge, elle les fait siens et les confrontent à d'autres éléments afin d'emmener le personnage vers sa sensibilité propre.

Ainsi, cette histoire possède plein d'aspects millériens avec une histoire urbaine en diable, un sérial killer dérangé en droite lignée du Victor de Love&War, des bas fonds craspecs ou traîne toute la lie de l'humanité dans tous les sens du terme, un DD qui fait usage de ses poings, un parent célibataire élevant un enfant « handicapé »...

Mais derrière ce vernis qui pourrait faire croire à une histoire grim n' gritty digne du Punisher de l'époque, elle questionne aussi les apports de Miller à la série et son héritage, qu'il soit volontaire ou non.
C'est bien sûr visible au travers du personnage de Rotgut dont le handicap et le rapport avec une mère célibataire ne sachant pas comment exprimer son amour ou aider son enfant à surmonter son handicap renvoie forcément au lien qui unissait Matt et son père.
Sauf que là où Jack Murdock donna un but à son fils (les études) afin de lui permettre de se faire une place dans la société, la mère de Rotgut n'a pas réussit à couper le cordon ombilical et a construit un cocon finalement plus destructeur que protecteur vu qu'elle a transmis ses peurs à son enfant.
La scénariste s'attarde aussi longuement sur les pensées et le passé du pauvre Rotgut afin de montrer tous les traumatismes qui l'ont emmené là où il en est aujourd'hui et démontrer que ses actions sont aussi le résultat de l'environnement dans lequel il a grandit lui faisant ainsi dépasser le stade de simple serial killer de service comme on en trouve tant dans les pages de notre monde.

Plutôt que de jeter un voile pudique sur le mal existant dans notre univers, elle l'analyse, creuse ses racines et met en exergue sa complexité. Bref, entre l'inné et l'acquis, l'auteur a choisi le second et au contraire de Miller, un être faisant le mal le fait au moins autant à cause des circonstances que par volonté.
Elle effectue donc avec finesse un pas de côté reprenant l'héritage de la série tout en le critiquant en sous-main lui permettant ainsi de satisfaire les lecteurs cherchant à la fois une histoire de pyschokiller typique de l'époque et ceux recherchant un peu plus que cela dans les pages de leurs comics.

Dans cette même démarche, elle pousse aussi Daredevil à se remettre en question en le confrontant à son image publique. Pris à parti par un groupe le prenant pour le coupable des meurtres, ceux-ci décident finalement de croire le justicier mais refusent néanmoins son aide en questionnant la violence entourant le justicier et ses méthodes.
Cette image d'un DD faisant justice par ses poings plutôt que de manière légale depuis qu'il a tout abandonné derrière lui va constituer un long travail de remise en question du personnage qui va courir sur tout son run en reprenant une fois encore l'héritage millérien pour le développer sous un jour tout personnel.

On peut aussi admirer au passage comment elle dénoue l'imbroglio de la situation entre DD et la Veuve. Plutôt que de faire un caca nerveux comme Englehart, elle prend note de la contradiction et clôt l'amorce d'intrigue de son prédécesseur avec intelligence.
Ainsi, la Veuve apparaît comme tourmentée et si elle s'engage dans toutes ces opérations de charité afin de redorer l'image des super-héros c'est parce qu'elle ne se remet pas de la mort de Hazzard.

Pour le reste, c'est du Nocenti pur jus avec l'intrusion dans la série de ses obsessions écologiques, de son rapport « amour-haine » envers la ville de New York, de sa fibre socialisante, de son intérêt pour les exclus du système...
C'est un joli tour de force qu'elle effectue avec la création de Rotgut qui lui permet d'interroger ses propres convictions écolos en les poussant à l'extrême.
Avec un tel personnage encore plus obsédé d'hygiène qu'Howard Hughes, qui ne voit que les bactéries, les infections, les virus, la pollution, la saleté, la crasse que peut porter chaque être et objets de son environnement, la scénariste démontre bien que la volonté d'une vie totalement saine est impossible et ne peut mener qu'à la folie.
L'histoire prend même à certains endroits un aspect totalement « Cronenberg » dans ces séquences où le rapport au corps de Rotgut se confond avec son rapport à la ville ou aux canalisations et à la chaufferie de son immeuble ; l'albinos devient alors une sorte de chirurgien perverti pensant qu'éradiquer le cancer de la ville/immeuble lui permettra de suprimer celui (imaginaire) de son propre organisme.

Le seul défaut de l'auteur, outre une certaine prolixité dont Nocenti ne se débarrassera jamais vraiment (mais qui ne me dérange pas pour ma part), tient dans la construction un peu hasardeuse d'une intrigue qui fait la part belle aux coïncidences heureuses afin d'emmener tous les protagonistes au même endroit. Du coup, l'apparition de tel ou tel personnage par un coup de baguette magique fera sourire le lecteur.

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Par contre, graphiquement c'est très passable. Clairement, Louis Williams est un artiste passe-partout.
Il n'y a rien de déméritant ou de défauts dans ses dessins mais rien non plus qui attire l'oeil, fasse preuve d'imagination ou réussisse à dynamiser le récit et ce malgré l'encrage d'Al Williamson.
Le seul moment où nos paupières se relèvent c'est lorsque le récit nous donne à voir le monde déformé par le regard de Rotgut. Williamson encre ces pages là différemment avec force de traits fins et serrés et un flou dans les formes des créatures monstrueuses peuplant la psyché du tueur qui retranscrit parfaitement le brouillard confus dans lequel ce dernier évolue.

Un arc intéressant donc même si la scénariste n'est pas encore à son meilleur niveau (certaines répliques, en particulier de Karen, sont un peu tartes), et malgré un dessinateur inintéressant qui sera remplacé par une star en pleine ascension dans le prochain épisode.

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MessagePosté: Mar 18 Aoû 2015 18:03 
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Il y aurait quand même beaucoup à dire sur la vision "serial killer" de Nocenti, que tu décris là. Mais, bon, ce n'est pas le lieu parce que je pense qu'on partirait dans une longue controverse.

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 Sujet du message: Re: Red is the new Black
MessagePosté: Mar 18 Aoû 2015 18:09 
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ThierryM a écrit:
Il y aurait quand même beaucoup à dire sur la vision "serial killer" de Nocenti, que tu décris là. Mais, bon, ce n'est pas le lieu parce que je pense qu'on partirait dans une longue controverse.


Je me doutais que tu réagirais là-dessus. ;)
Et j'avoue que même si j'aime beaucoup la scénariste, je ne partage pas l'intégralité de son opinion. Bien sûr qu'elle fait preuve d'un certain angélisme et qu'il y a de véritables déséquilibrés dont la condition ne vient pas nécessairement des traumatismes qu'ils ont subi.
Après, je pense que l'épisode vaut surtout par son caractère en porte-à-faux des comics Grim n' Gritty de l'époque en "humanisant" un psychopathe.

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MessagePosté: Mar 18 Aoû 2015 18:42 
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Winnetouch a écrit:
ThierryM a écrit:
Il y aurait quand même beaucoup à dire sur la vision "serial killer" de Nocenti, que tu décris là. Mais, bon, ce n'est pas le lieu parce que je pense qu'on partirait dans une longue controverse.


Je me doutais que tu réagirais là-dessus. ;)
Et j'avoue que même si j'aime beaucoup la scénariste, je ne partage pas l'intégralité de son opinion. Bien sûr qu'elle fait preuve d'un certain angélisme et qu'il y a de véritables déséquilibrés dont la condition ne vient pas nécessairement des traumatismes qu'ils ont subi.
Après, je pense que l'épisode vaut surtout par son caractère en porte-à-faux des comics Grim n' Gritty de l'époque en "humanisant" un psychopathe.


Ce n'est pas vraiment ce point ; parce que, les recherches montrent quand même que, sauf cas anomalie (et encore il faudrait en être sûr), les serial killers ont bien été victimes de violences ou au moins de traumatismes à un moment de leur vie. Non, c'est deux autres choses :
- d'abord, le fait de devenir serial killer (et non "naître serial killer") n'implique absolument une absence de responsabilité du serial killer dans son comportement. Si tous les serial killers ont été victimes de traumas, l'inverse n'est évidemment pas vrai (heureusement) : donc, au-delà des circonstances, il y a, quelque part, une décision, un choix du serial killer de s'orienter dans cette voie (c'est bien pour cela qu'ils ne sont pas considérés comme fous et jugés responsables de leurs actes). Or, rien de cela ne transparaît dans les épisodes en question : non Rotgut, une fois mis de côté ses actes, est finalement une pauvre victime de son éducation, de son "handicap", etc. ; pour moi, on est au-delà de l’angélisme : elle est carrément dans l'erreur.
- ensuite, je ne suis pas du tout d'accord avec le fait que donner un background au serial killer lui fasse "dépasser le stade de simple serial killer". Parce que je signale que, pour en prendre deux, Lecter (dans Le Silence des Agneaux) ou John Doe (7) n'ont strictement aucun background ; et pourtant ce sont probablement ceux qui ne sont clairement pas de "simples serial killers". Là, on en revient un peu à l’idée de « tout montrer » ou non dans le genre horrifique et assimilé : je suis convaincu que, comme il est plus effrayant de ne pas voir plutôt que de voir, il est plus effrayant de ne pas savoir plutôt que de savoir. Ce qui fait qu’expliquer en long, large et travers, et revenir dessus à la pelleteuse, est totalement contre-productif.

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 Sujet du message: Re: Red is the new Black
MessagePosté: Mar 18 Aoû 2015 20:09 
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ThierryM a écrit:
Winnetouch a écrit:
ThierryM a écrit:
Il y aurait quand même beaucoup à dire sur la vision "serial killer" de Nocenti, que tu décris là. Mais, bon, ce n'est pas le lieu parce que je pense qu'on partirait dans une longue controverse.


Je me doutais que tu réagirais là-dessus. ;)
Et j'avoue que même si j'aime beaucoup la scénariste, je ne partage pas l'intégralité de son opinion. Bien sûr qu'elle fait preuve d'un certain angélisme et qu'il y a de véritables déséquilibrés dont la condition ne vient pas nécessairement des traumatismes qu'ils ont subi.
Après, je pense que l'épisode vaut surtout par son caractère en porte-à-faux des comics Grim n' Gritty de l'époque en "humanisant" un psychopathe.


Ce n'est pas vraiment ce point ; parce que, les recherches montrent quand même que, sauf cas anomalie (et encore il faudrait en être sûr), les serial killers ont bien été victimes de violences ou au moins de traumatismes à un moment de leur vie. Non, c'est deux autres choses :
- d'abord, le fait de devenir serial killer (et non "naître serial killer") n'implique absolument une absence de responsabilité du serial killer dans son comportement. Si tous les serial killers ont été victimes de traumas, l'inverse n'est évidemment pas vrai (heureusement) : donc, au-delà des circonstances, il y a, quelque part, une décision, un choix du serial killer de s'orienter dans cette voie (c'est bien pour cela qu'ils ne sont pas considérés comme fous et jugés responsables de leurs actes). Or, rien de cela ne transparaît dans les épisodes en question : non Rotgut, une fois mis de côté ses actes, est finalement une pauvre victime de son éducation, de son "handicap", etc. ; pour moi, on est au-delà de l’angélisme : elle est carrément dans l'erreur.
- ensuite, je ne suis pas du tout d'accord avec le fait que donner un background au serial killer lui fasse "dépasser le stade de simple serial killer". Parce que je signale que, pour en prendre deux, Lecter (dans Le Silence des Agneaux) ou John Doe (7) n'ont strictement aucun background ; et pourtant ce sont probablement ceux qui ne sont clairement pas de "simples serial killers". Là, on en revient un peu à l’idée de « tout montrer » ou non dans le genre horrifique et assimilé : je suis convaincu que, comme il est plus effrayant de ne pas voir plutôt que de voir, il est plus effrayant de ne pas savoir plutôt que de savoir. Ce qui fait qu’expliquer en long, large et travers, et revenir dessus à la pelleteuse, est totalement contre-productif.


-Pour le premier point (en bleu), je suis d'accord sur la primauté du choix au delà des circonstances et donc une responsabilité du serial killer.
-Pour le second point, je pense justement que l'optique de Nocenti n'est pas de créer une figure horrifique et donc que le caractère effrayant (rouge) n'est pas ce qui l'intéresse dans cette histoire mais plus le côté pathétique du serial killer.
C'est ce que j'entendais par se démarquer des autres serial killers pullullant alors dans les comics.

edit: Et maintenant, je vais te donner du grain à moudre avec l'histoire du Caviar Killer :lol:

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